Né en 1965

Vit et travaille à Paris

Dans le choix des sources picturales, cette pratique pourrait rappeler en certains points les peintures réalisées par Francis Picabia durant la seconde guerre mondiale (comme par exemple le « Nu de dos » de 1941, inspiré d’une photographie érotique parue dans les années 1930). On retrouve l’usage identique d’une source photographique comme point de départ, le même souci de réalisme des corps et des visages. Toutefois, J.-L. Blanc officie différemment, ce qui bouleverse la lecture de ses tableaux. En modifiant sensiblement ses sources, il ne se contente pas de reproduire les images qu’il a accumulées. Là où Picabia restait fidèle aux photographies dont il s’inspirait, J.-L. Blanc les recharge, les re-présente : « Ma passion me porte vers ces images déjà constituées que j’organise d’une manière très disparate pour leur trouver une autre respiration, une autre voix. » La part cinématographique de ses œuvres lui permet de créer son propre langage : tel un cinéaste, il recadre ses sujets, le plus souvent en plan rapproché. Ainsi, le portrait d’un jeune homme en pull à col roulé issu d’une publicité pour une banque des années 1970 est entièrement retravaillé afin de lui conférer une atmosphère tout autre que celle de l’image d’origine. En ajoutant des cernes au visage de cet homme, le peintre lui a octroyé une dimension vampirique, renvoyant entre autre à l’esthétique des films expressionnistes allemands. De la sorte, les toiles agissent sur le spectateur, tout comme J.-L. Blanc a besoin que les images agissent en lui. Ce sont avant tout des regards — on pourrait presque dire des regards-caméra — qui nous apostrophent et nous fixent.
Si proche et pourtant si lointain… L’œuvre de J.-L. Blanc souligne la tension entre une technique parfaitement maîtrisée et le caractère énigmatique que cette représentation renvoie au spectateur. N’y reconnaît-on pas d’ailleurs des images déjà vues, mais que l’on n’arrive cependant pas clairement à identifier ?

Le langage de J.-L. Blanc emprunte à la mythologie. Si chacun y trouve un référent hypothétique, c’est parce que l’artiste trouble et mêle les iconographies. Le portrait d’un homme — en fait un chanteur brésilien des années 1970 — et d’une femme portant des boucles d’oreilles en forme de fruit réactive la représentation séculaire d’Adam et Eve. De même, pour l’artiste, un personnage recouvert de glaise évoque avant tout le Golem, créature issue de la tradition cabalistique. L’apparente simplicité des saynètes, l’ordinaire des personnes portraiturées ne permettent pas, d’emblée, de capter la longue maturation qui les a vus naître. Un ailleurs, un univers indicible véhiculent une autre signification dont les traces se dévoilent parcimonieusement. Ces éléments épars d’une fiction se construisant au fur et à mesure composent un ensemble au charisme troublant relevant d’une étrange banalité. Il y aurait ainsi chez J.-L. Blanc un « secret à révéler derrière chaque image ». Et c’est au spectateur de se laisser prendre aux jeux du langage et de l’esprit.