Né en 1973

Vit et travaille à Barcelone (Espagne)

Ce n’est que dans un second temps que j’ai compris que c’était des bâtonnets de coton-tiges. (…) Alors je me suis demandé pourquoi je trouvais autant de coton-tiges sur les plages. Je me suis aperçu que c’était à l’embouchure des fleuves. J’ai pensé que ça venait des stations d’épuration. Ça passait à travers les filtres et ça atterrissait sur les plages. (…) Quand je suis arrivé à Barcelone, sur les plages du centre, il n’y en avait pas. Mais j’en ai trouvé sur les plages à l’embouchure des deux fleuves qui font la frontière naturelle de la ville. Le fait que ce soit toujours à la périphérie des villes, tu te retrouves dans des endroits incroyables. À Barcelone, il y a une plage que les gens d’ici appellent Tchernobyl Plage, parce qu’il y a une ancienne centrale électrique sur le bord de mer, à l’embouchure d’un fleuve. J’ai fait un film, la playa del sordo à cet endroit dans lequel je voulais enregistrer ce geste de ramassage de cotons-tiges. La première image c’est le bâtonnet que je ramasse et après je fais comme un enregistrement topographique du lieu. Et comme c’est à la périphérie, tu retrouves plein de choses qui sont rejetées du centre. Il y a par exemple un endroit de drague homo un peu alternatif, avec plein de graffitis. J’étais dans l’endroit du refoulé sexuel du centre ville, de la sexualité gay bien policée. (…) Mon film, il raconte ça aussi. Mais en partant de ce geste de ramasser un coton-tige. (…) Ce truc comme ça de ramasser sur la plage, c’est pas performatif, c’est anti-performatif, c’est un truc d’anti-héros complet, mais il y a quand même cette idée de sortir de l’atelier pour trouver sa matière première. (…)

Du point de vue de la peinture, avec ces bâtonnets colorés, j’ai d’abord une palette, ça crée une gamme colorée. Parce qu’ils n’ont pas tous la même couleur, parce qu’ils ont été décolorés par la mer, le soleil, ça crée des tonalités différentes. (…) Le fil de pêche c’était un moyen de créer du lien, du liant, entre les couleurs.

J’ai trouvé que j’avais là tous les éléments de base de la peinture, mais avec tous les gestes les plus basiques de la pratique picturale. J’ai commencé à faire des grilles, des grilles abstraites, dans la grande tradition analytique de la peinture américaine. À la Johnatan Lasker par exemple. (…) »

Entretien : Karim Ghelloussi / Olivier Bartoletti

(A l’occasion de l’édition « Le monde ou rien » | Mai-juin 2016 | Circonstance Galerie)