La série des Paillassons est un ensemble de petites sculptures toutes posées sur des tapis ou ces tapis-brosses qui servent à s’essuyer les pieds : pour les observer, le regard se dirige vers le bas, elles sont à la hauteur d’un enfant de trois ans, hautes comme trois pouces, colorées comme des jouets (fuchsia, vert pomme, bleu électrique), disposées dans l’espace comme les membres d’une équipe sur un terrain de jeu élaborant quelque stratégie d’attaque ou de défense sur un échiquier imaginaire. «Les aires de jeu sont de bons modèles, car elle allient la règle et le territoire, la beauté des signes de délimitations et la pluralité des conduites, la dépense et la précision. » 1

La multiplicité de ces petites sculptures n’est pas sans analogie avec les chansons d’un ou plusieurs albums composées par un même songwriter : d’ailleurs, la pratique artistique de Jacques Julien ne peut être dissociée de son amour de la musique rock (punk, blues, musicien des marges) et de son expérience musicale avec le groupe SPLITT.

« Qu’est-ce que je peux faire ? » à cette question de l’adolescence, Jacques Julien a tenté de trouver plusieurs réponses. Parmi elles, il y a celle de l’exaptation soumise par Pierre Alféri ; « je vais m’exapter : faire ce que je suis fais pour ne pas faire » 2 : « Ça nous avait l’air d’être une bonne manière d’approcher le travail. Ça ressemblait même à un projet de vie… » 1 No Future. The future is not as good as it used to be.

Autre question : « Quoi ? Où ? » Jacques Julien aime la formule de Loïc Raguénes « notre travail c’est nulle part que ça se passe », car nulle part est un lieu serein pour le travail.

« Une sculpture n’est ni plus ni moins qu’un objet qui cherche à tenir debout dans une double impuissance : 1e impuissance par nature à ressembler à quoi que ce soit, 2e impuissance de l’époque où tenter de se problématiser comme médium, voire pire comme forme, est une impasse annoncée. Faire une sculpture c’est persister dans la conscience de ces impuissances à vouloir faire bonne figure. Il n’y a d’ailleurs pas de sculpture sans figure. »3

[1] Paul Sztulman, Te souviens-tu du moment où je voulais enlever une phrase et où tu m’as craché dessus, 1998.

[2] Pierre Alféri (avec Jacques Julien), Handicap, éditions Rroz, 1999.

[3] Entretien Guillaume Leingre/Jacques Julien, Oblique à la plaine, Particule n°30, novembre 2010

Alexandra Majoral